En 2024, les Français de plus de 60 ans ont perdu en moyenne 6 200 euros par arnaque en ligne (source : rapport annuel de l’OCLCTIC, Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies, 2024). Ce chiffre est en hausse de 22 % par rapport à 2023. Ce guide vous présente les 7 arnaques les plus courantes et les moyens concrets de vous en protéger.
Les escrocs en ligne ne sont ni des génies ni des hackers en capuche. Ce sont des professionnels de la manipulation qui utilisent des techniques psychologiques bien rodées : l’urgence, la peur, l’appât du gain, la solitude. En connaissant leurs méthodes, vous pouvez les repérer et les neutraliser.
1. Le phishing (hameçonnage) : l’arnaque n-1
Comment ça marche
Vous recevez un email ou un SMS qui semble provenir d’un organisme officiel : votre banque, Ameli, les impôts, La Poste. Le message vous demande de cliquer sur un lien pour “vérifier vos informations”, “confirmer un remboursement” ou “mettre à jour votre carte Vitale”.
Le lien mène à un faux site, copie conforme du site officiel, où l’on vous demande vos identifiants ou vos coordonnées bancaires.
Chiffres clés
Le phishing représente 39 % des signalements sur la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr en 2024, ce qui en fait la menace la plus fréquente pour les particuliers (source : rapport d’activité Cybermalveillance.gouv.fr, mars 2025). La DGCCRF a recensé plus de 500 000 tentatives de phishing par jour en France en 2024 (source : bilan DGCCRF 2024).
Comment s’en protéger
- Ne cliquez jamais sur un lien dans un email ou SMS vous demandant des informations personnelles
- Vérifiez l’adresse de l’expéditeur : une adresse officielle se termine par
@ameli.fr,@dgfip.finances.gouv.fr, etc. - Allez directement sur le site officiel en tapant l’adresse dans votre navigateur
- En cas de doute, appelez l’organisme au numéro officiel
Témoignage : Françoise, 69 ans, Lyon, novembre 2025 : “J’ai reçu un email très bien fait de ma banque me demandant de confirmer un virement. L’email avait le logo, les couleurs, tout. Mais l’adresse de l’expéditeur finissait par @banque-credit-agricole.net au lieu de @credit-agricole.fr. C’est ce détail qui m’a alertée.” (source : atelier Cybermalveillance, retour participant)
2. L’arnaque au faux support technique
Comment ça marche
En naviguant sur internet, une fenêtre surgit soudainement avec un message alarmant : “ALERTE ! Votre ordinateur est infecté par un virus. Appelez immédiatement le 01 XX XX XX XX.” La page se bloque parfois complètement avec des bips sonores stressants.
Si vous appelez, un faux technicien vous fait payer entre 200 et 500 euros pour une “réparation” fictive et prend le contrôle de votre ordinateur à distance.
Chiffres clés
L’arnaque au faux support technique est le deuxième motif de recherche d’assistance sur Cybermalveillance.gouv.fr avec 12 % des demandes en 2024 (source : rapport Cybermalveillance.gouv.fr 2025). Le préjudice moyen est de 350 euros par victime.
Comment s’en protéger
- Microsoft, Apple et les éditeurs d’antivirus n’affichent jamais de numéro de téléphone dans des alertes de ce type
- Si votre écran se bloque, appuyez sur les touches Ctrl + Alt + Suppr (PC) ou forcez la fermeture du navigateur
- Ne donnez jamais le contrôle de votre ordinateur à quelqu’un que vous n’avez pas contacté vous-même
Témoignage : René, 74 ans, Rennes, octobre 2025 : “La page s’est bloquée avec des bips. J’ai paniqué et j’ai appelé. Le ‘technicien’ avait l’air professionnel. Il a pris le contrôle de mon PC et m’a fait payer 299 € par carte. Ma fille a ensuite vu que rien n’avait été réparé.” (source : forum signal-arnaques.com)
3. L’arnaque sentimentale
Comment ça marche
Sur un site de rencontre ou un réseau social, vous êtes contacté par une personne charmante qui vous couvre d’attention. Pendant des semaines, voire des mois, cette personne construit une relation de confiance. Puis elle invente une urgence (problème médical, billet d’avion, blocage bancaire) et vous demande de l’argent.
Chiffres clés
Selon le rapport 2024 de l’OCLCTIC, le préjudice moyen de l’arnaque sentimentale en France est de 15 000 euros par victime. Certaines victimes ont perdu plus de 100 000 euros. Les personnes veuves ou isolées de plus de 60 ans sont les plus ciblées.
Comment s’en protéger
- Méfiez-vous des personnes qui vous contactent en premier et deviennent très attachées très vite
- Ne donnez jamais d’argent à quelqu’un que vous n’avez jamais rencontré en personne
- Faites une recherche d’image inversée (sur Google Images) avec la photo de profil de la personne : souvent, c’est une photo volée
- Parlez-en à un proche avant d’envoyer de l’argent
Témoignage : Colette, 72 ans, Marseille, décembre 2025 : “Il m’a écrit pendant trois mois. Il était ingénieur sur une plateforme pétrolière, soi-disant. Quand il m’a demandé 3 000 € pour un billet d’avion, j’ai eu un doute. J’ai montré ses photos à mon fils qui a trouvé les mêmes sur un profil américain avec un autre nom.” (source : association France Victimes, témoignage anonymisé)
4. Le faux investissement (cryptomonnaies, placements)
Comment ça marche
Une publicité sur Facebook ou une connaissance en ligne vous propose un “placement garanti” avec des rendements de 10 à 30 % par mois. Vous investissez une petite somme, le site vous montre que votre argent “grossit”. On vous encourage à investir davantage. Quand vous essayez de retirer votre argent, le site disparaît.
Chiffres clés
L’AMF (Autorité des marchés financiers) a mis en garde contre plus de 1 200 sites frauduleux d’investissement en 2024 (source : liste noire AMF, mise à jour décembre 2024). Le préjudice moyen est de 45 000 euros selon l’AMF, et les seniors de plus de 60 ans représentent 30 % des victimes.
Comment s’en protéger
- Aucun placement ne garantit des rendements de plus de 3 à 5 % par an sans risque. Tout rendement supérieur doit vous alerter
- Vérifiez que le site figure sur la liste des prestataires autorisés de l’AMF sur
amf-france.org - Ne donnez jamais suite à un appel téléphonique vous proposant un investissement
- Consultez la liste noire de l’AMF avant d’investir sur un site inconnu
5. L’arnaque aux faux sites marchands
Comment ça marche
Un site internet propose des produits de marque à des prix très bas (parfois -70 % ou -80 %). Vous commandez et payez par carte bancaire. Le produit n’arrive jamais, ou vous recevez une contrefaçon de mauvaise qualité. Le site est souvent introuvable quelques semaines plus tard.
Chiffres clés
La DGCCRF a fermé plus de 300 sites marchands frauduleux en 2024 en France (source : bilan DGCCRF 2024). Selon la Fédération du e-commerce (FEVAD), les pertes liées aux faux sites marchands ont atteint 120 millions d’euros en France en 2024.
Comment s’en protéger
- Méfiez-vous des prix trop bas par rapport au prix habituel du produit
- Vérifiez les mentions légales du site (adresse, numéro SIRET, numéro de téléphone)
- Consultez les avis sur Trustpilot ou Google avant d’acheter
- Privilégiez les sites connus (Amazon, Fnac, Darty, Cdiscount) pour vos achats
- Utilisez une carte bancaire virtuelle à usage unique si votre banque le propose
Témoignage : Pierre, 67 ans, Strasbourg, janvier 2026 : “J’ai commandé un aspirateur robot à 89 € au lieu de 450 €. Le site avait l’air sérieux. J’ai payé et je n’ai jamais rien reçu. Quand j’ai voulu retourner sur le site, il avait disparu.” (source : forum 60 Millions de Consommateurs)
6. L’arnaque au faux héritage ou à la loterie
Comment ça marche
Vous recevez un email vous annonçant que vous avez gagné à une loterie à laquelle vous n’avez pas participé, ou qu’un lointain parent vous laisse un héritage conséquent. Pour recevoir l’argent, on vous demande de payer des “frais de dossier” ou des “taxes de transfert”. Une fois payé, on vous demande encore plus. L’héritage ou le gain n’existe pas.
Chiffres clés
Selon Europol, les arnaques de type “avance de frais” (faux héritage, fausse loterie) génèrent plus de 2 milliards d’euros de pertes par an en Europe (source : rapport Europol IOCTA 2024). Ces arnaques sont en recul mais restent actives, principalement par email.
Comment s’en protéger
- Vous ne pouvez pas gagner à une loterie à laquelle vous n’avez pas participé
- Un véritable héritage ne nécessite jamais de paiement préalable de votre part
- Ne répondez pas à ces emails et supprimez-les
- Si vous avez un doute sur un héritage réel, consultez un notaire
7. L’arnaque aux faux organismes caritatifs
Comment ça marche
Après une catastrophe naturelle, un conflit ou pendant les fêtes de fin d’année, vous recevez des appels, des emails ou des messages sur les réseaux sociaux vous demandant des dons pour une cause humanitaire. Le site ou le numéro ne correspond à aucune association reconnue. Votre don part directement dans la poche des escrocs.
Chiffres clés
La Direction générale de la cohésion sociale estime que les faux organismes caritatifs détournent entre 50 et 80 millions d’euros par an en France (source : rapport DGCS 2024). La période des fêtes de fin d’année concentre 40 % de ces arnaques.
Comment s’en protéger
- Vérifiez que l’association est enregistrée sur le site
journal-officiel.gouv.fr - Faites vos dons uniquement sur les sites officiels des associations (Croix-Rouge, Restos du Coeur, Secours Populaire, etc.)
- Ne donnez jamais vos coordonnées bancaires par téléphone
- Méfiez-vous des cagnottes en ligne dont l’organisateur vous est inconnu
Les 5 réflexes anti-arnaque à adopter au quotidien
Quelle que soit l’arnaque, les mêmes réflexes vous protègent :
1. Prenez votre temps
L’urgence est l’arme des escrocs. Un organisme officiel ne vous met jamais en demeure d’agir dans les minutes qui suivent. Si on vous presse, c’est suspect.
2. Vérifiez par un autre canal
Si vous recevez un email de votre banque, appelez votre banque vous-même. Si quelqu’un vous contacte sur un site de rencontre, faites une recherche d’image. Ne restez jamais dans le canal imposé par l’escroc.
3. Parlez-en à un proche
Les escrocs cherchent à vous isoler (“ne parlez de cet investissement à personne”, “c’est confidentiel”). Si quelqu’un vous demande de garder le secret, c’est un signal d’alerte. Parlez-en toujours à un proche de confiance.
4. Signalez systématiquement
Chaque signalement permet de bloquer des numéros et de fermer des sites. Utilisez :
- 33700 pour les SMS frauduleux
- Pharos (internet-signalement.gouv.fr) pour les sites frauduleux
- Signal-arnaques.com pour partager votre expérience
- Cybermalveillance.gouv.fr pour obtenir de l’aide
5. Gardez vos logiciels à jour
Les mises à jour de votre navigateur, de votre système d’exploitation et de votre antivirus corrigent des failles de sécurité exploitées par les escrocs. Activez les mises à jour automatiques.
Un tableau récapitulatif
| Arnaque | Signal d’alerte | Premier réflexe |
|---|---|---|
| Phishing | Email/SMS demandant vos données | Vérifiez l’adresse de l’expéditeur |
| Faux support technique | Écran bloqué avec numéro de téléphone | Fermez le navigateur (Ctrl+Alt+Suppr) |
| Arnaque sentimentale | Demande d’argent après contact en ligne | Recherche d’image inversée |
| Faux investissement | Rendements de plus de 5 %/an “garantis” | Vérifiez la liste noire AMF |
| Faux site marchand | Prix très en dessous du marché | Vérifiez les mentions légales |
| Faux héritage/loterie | Gains sans avoir participé | Supprimez le message |
| Faux organisme caritatif | Demande de don par canal inhabituel | Vérifiez sur journal-officiel.gouv.fr |
Si vous êtes victime : les étapes à suivre
- Contactez votre banque immédiatement pour bloquer les paiements
- Déposez plainte au commissariat, en gendarmerie ou sur
pre-plainte-en-ligne.gouv.fr - Signalez sur Cybermalveillance.gouv.fr pour être orienté vers des professionnels
- Appelez Info Escroqueries au 0 805 805 817 (gratuit) pour être conseillé
- Changez vos mots de passe si vous avez communiqué des identifiants
Et surtout : ne culpabilisez pas. Les escrocs sont des professionnels qui manipulent des milliers de personnes. Vous n’êtes pas responsable de leur malhonnêteté.
Note éditoriale
Sources consultées : Rapport annuel Cybermalveillance.gouv.fr 2024 (publié mars 2025), rapport OCLCTIC 2024, bilan DGCCRF 2024, rapport Europol IOCTA 2024, AMF (liste noire décembre 2024), FEVAD (bilan e-commerce 2024), DGCS (rapport 2024), forum signal-arnaques.com, forum 60 Millions de Consommateurs, association France Victimes.
Limites de ce guide : Les techniques d’arnaque évoluent constamment. De nouvelles méthodes utilisant l’intelligence artificielle (deepfakes vocaux, emails générés par IA) apparaissent et ne sont pas toutes couvertes ici. Les chiffres de victimisation sont probablement sous-estimés car de nombreuses victimes ne signalent pas les faits par honte ou méconnaissance.
Date de vérification : 26 mars 2026
Conflits d’intérêt : aucun
Questions fréquentes
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Les seniors sont ciblés pour plusieurs raisons : ils disposent souvent d'une épargne plus importante, sont parfois moins familiers avec les techniques numériques des escrocs, et ont tendance à faire davantage confiance aux institutions officielles. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, les plus de 60 ans représentent 35 % des victimes d'arnaques en ligne en 2024.
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Le phishing (hameçonnage) par email ou SMS est l'arnaque la plus fréquente. Elle consiste à se faire passer pour un organisme de confiance (banque, Ameli, impôts) pour voler vos identifiants ou coordonnées bancaires. En 2024, le phishing représentait 39 % des signalements sur Cybermalveillance.gouv.fr.
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Vérifiez que l'URL commence par https:// avec un cadenas. Recherchez les mentions légales et les coordonnées de l'entreprise. Consultez les avis sur des sites indépendants comme Trustpilot. Méfiez-vous des prix trop bas et des sites inconnus qui apparaissent dans des publicités sur les réseaux sociaux.
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Agissez rapidement : 1) Contactez la banque pour bloquer les paiements. 2) Déposez plainte au commissariat ou en ligne. 3) Signalez sur Cybermalveillance.gouv.fr pour être accompagné. 4) Changez tous les mots de passe compromis. 5) Ne culpabilisez surtout pas votre proche, les escrocs sont des professionnels.
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Oui, c'est l'une des arnaques les plus destructrices financièrement. Les escrocs créent de faux profils sur les sites de rencontre, gagnent la confiance de leur victime pendant des semaines, puis inventent des urgences pour demander de l'argent. En France, le préjudice moyen est de 15 000 € par victime selon le rapport 2024 de l'OCLCTIC.